Au revoir Man Tine : quand Mérine Céco se dévoile

Il est des personnalités et des talents qui très tôt s’affirment, se font jour, jaillissent à la face du monde. Et puis il y en a d’autres qui se forgent doucement, secrètement, mais profondément, intensément, à la manière d’êtres hibernants qui attendent la lumière et la chaleur du soleil pour émerger et rayonner. L’auteure du livre « Au revoir Man Tine » fait sans doute partie de cette seconde catégorie. Découverte avec l’analyse du Journaliste Roland Laouchez.


C’est le célèbre écrivain Haïtien Dany Laferrière qui a remis le prix Gilbert Gratiant 2013 à Mérine Céco pour son premier roman « La mazurka perdue des femmes couresseLa mazurka perdue des femmes-couresse, par Mérine Céco ». C’était au cours d’une cérémonie organisée dans les jardins de l’Hôtel de Région, à Fort de France. On peut bien entendu se demander si cette auteure aurait reçu ce prix dès son premier roman si derrière le pseudonyme de Mérine Céco ne se cachait pas, sans se cacher vraiment, Corinne Mencé-Caster, la Présidente du pôle Martinique de l’université des Antilles. Elle était à l’époque Présidente de l’université Antilles-Guyane. Pour lever tout doute à ce sujet, il fallait en commettre un second. Ecrire un autre livre, pour confirmer, en quelque sorte, le premier.

 

La confirmation d’un talent, l’histoire d’un cheminement

Et c’est ce qu’a fait Mérine Céco. Elle vient de publier « Au revoir Man Tine » – référence à « La rue Cases-Nègres: RomanAu revoir Man Tine, par Mérine Céco » –  qu’elle présente comme un recueil de nouvelles. Mais il est évident qu’il s’agit en grande partie d’un récit autobiographique. C’est elle-même que l’auteure met en scène. Elle met en scène une fillette surdouée et maladivement timide.

Elle n’est pas là pour materner ni se préparer à jouer à la mère, elle a un destin plus grand.

Jugez en vous-même.  Page 16 : « elle a toujours l’air de quelqu’un qui vit en dehors des jeux et des jouets. Elle n’aime pas les poupées. Elle n’est pas là pour materner ni se préparer à jouer à la mère, elle a un destin plus grand ». À la page 32, Mérine Céco écrit : « elle n’a que 9 ans mais beaucoup de raison. Elle perçoit l’ignominie du monde dans ce qu’elle a de plus insignifiant, de plus anodin. Elle a un rapport hypertrophié au langage ». Ou à la page 111 : « elle lit plus qu’elle ne vit. Ces vrais amis défilent entre les pages ». Concernant sa timidité, une seule citation suffit : « Elle n’est chez elle que quand elle ne voit pas l’étendue de son corps ; quand elle n’en sent plus le poids. C’est-à-dire quand elle n’est pas visible des autres ».

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L’inceste sous un nouveau jour

Mais c’est à la page 172 que Mérine Céco révèle véritablement au lecteur ce qu’elle pense d’elle-même. Cela commence à la page 159 quand cinq jeunes femmes, toutes diplômées de l’enseignement supérieur entreprennent de traduire en français l’expression : « mayé kréyol ». Leur réflexion sur ce thème va durer 13 pages, ce n’est pas rien 13 pages, et elle se termine de la façon suivante : « alors, tout d’un coup, comme dans un éclair de génie, Hermione s’écrit : « et si l’on traduisait mayé kréyol par béni commerce créole » ». Et, bien entendu, cette Hermione qui trouve la solution dans un éclair de génie, c’est Mérine Céco, alias Corinne Mencé Caster. Mais ce n’est pas là que réside l’essentiel de l’intérêt de ce livre fort bien écrit.

L’essentiel de ce livre c’est lorsque l’auteure démontre avec précision que la grande majorité des femmes martiniquaises sont incestueuses. C’est un énorme pavé jeté dans la mare de tous ceux qui depuis toujours associent l’inceste au père ou à l’oncle, peu importe mais, toujours à un homme. Il vous faut donc lire ce livre ne serait-ce que pour avoir accès à cette brillante démonstration. Presqu’une révélation.

En passant, vous rencontrerez ces métropolitaines qui ont épousé des martiniquais et bien entendu ces Martiniquais qui ont épousé ces métropolitaines. Vous ferez également la connaissance de ce patriarche jusqu’à ce que son cœur ne soit plus qu’une ligne sur la machine du temps. Au revoir Man Tine de Mérine Céco : un livre à lire.

 

 

© photo Corinne Mencé-Caster par bondamanjak

 

Au revoir Man Tine, par Mérine Céco, Editions Ecriture, 2016, 180 pages, 17 €, disponible en librairies

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