Mais au fait, c’est quoi l’amour ?

Hasard du calendrier ou choix délibéré, c’est à un mois jour pour jour de la Saint-Valentin, le mercredi 14 janvier 2015, au Cinéma Le Navire, à Valence, que l’association des Apprentis Philosophes a choisi de proposer à son public une conférence sur le thème: « L’amour est-il une création ». Et c’est le Philosophe Jean-Noël Dumont qui s’est frotté à l’exercice, pour le moins délicat, de répondre à cette question.


« Le véritable amour est celui qui pourrait célébrer au quotidien l’Amour avec un grand A, de telle sorte que, au fond, on puisse dire chaque jour que ce jour est un premier jour, c’est-à-dire le jour d’une création». C’est de cette fort belle manière que Jean-Noël Dumont (JND) a conclu son exposé. Mais cette conclusion à elle seule ne suffit pas. Evidemment. Elle est en effet la suite logique d’une série de démonstrations et d’affirmations sur la vraie réalité de l’amour.

 

L’Amour est une invention culturelle

Selon JND, l’amour est une invention humaine, dans le sens où il existait déjà, à l’état brut, niché quelque part dans le for intérieur de l’Homme, et qu’il a été mis au jour, révélé à la lumière, à la manière de « l’inventeur d’un trésor» qui révèle ledit trésor.

Le philosophe ne manque pas de souligner que l’amour a profondément subi, en tout cas dans notre civilisation occidentale, l’influence de la religion chrétienne. En effet, là où d’autres civilisations de par le monde font la distinction entre le caractère érotique, sexuel, de la relation entre un homme et une femme et la fonction de reproduction, de perpétuation d’une communauté, le Christianisme, lui, n’en fait pas. Autrement dit, dans la civilisation marquée par le Christianisme, il est attendu de la même personne qu’elle remplisse à la fois la fonction érotique, sentimentale, morale, spirituelle, économique, etc.

C’est une charge extrêmement lourde que l’Homme – comprendre les hommes et les femmes – peine à supporter, explique Jean-Noël Dumont. D’ailleurs, ce dernier nous rappelle, un brin provocateur, le propos de Démosthène, Homme d’Etat Athénien, qui disait au 4ème siècle: «nous avons les courtisanes pour le plaisir, les concubines pour nous fournir les soins journaliers, les épouses pour qu’elles nous donnent des enfants légitimes et soient les gardiennes de notre intérieur».

JND nous invite ainsi à nous interroger sur la pertinence et la durabilité de notre modèle sociétal occidental et le rapport qu’il nous impose à l’amour.

 

Aimer est une décision

Oui, affirme JND, aimer, c’est un engagement. C’est une décision. Après avoir énoncé que nous sommes des êtres de manque, et donc de besoin – besoin de manger, besoin de boire, besoin de toi…–, le Philosophe décrit le chemin qu’emprunte la décision d’aimer. Tout commence, nous dit-il, par une sensation. Puis, quand vient s’ajouter à cette sensation éprouvée une imagination, naît alors une émotion. Cette émotion nous indique notre état amoureux. Et pour que cette émotion, à l’origine éphémère, dure dans le temps, il convient de lui associer un serment, c’est le fameux «je t’aime». Le chemin de l’amour se solde par l’association entre l’émotion et le serment qui donne naissance au sentiment, régulateur de l’émotion.

Aussi, il n’existe aucune contradiction, lance notre orateur, entre l’amour et le devoir. C’est sans doute la raison pour laquelle la passion est considérée par la civilisation chrétienne occidentale, comme subversive, c’est à dire qui perturbe l’ordre établi. La passion se place en effet toujours dans «l’amour impossible». L’exemple de la pièce de théâtre culte de Shakespeare «Roméo et Juliette» est, à ce titre, éloquent. On se souvient en effet que les deux amoureux ne se voient jamais. Ils ne se rencontrent que dans la nuit. Et quand ils se voient, l’un des deux meurt. Ils ne se seront rencontrés finalement que dans la mort.

 

«L’Amour est Ré-création, Re-création, Pro-création»

C’est ainsi que le Philosophe répond à la question initiale. La récréation, selon JND, c’est le plaisir charnel. Aussi, si «amour» doit rimer avec «toujours», il doit également et inéluctablement rimer avec «pardon». Car, aimer, c’est, quoi qu’il arrive, laisser à l’autre la liberté d’être et de se renouveler, sans «l’attendre au tournant» dans le cas où il (ou elle) commettrait une faute. C’est en cela que l’amour est, selon JND, Re-création. Enfin, l’amour, parce qu’il s’accorde bien avec la fécondité, se traduit également par la procréation.

Une chose est sûre, c’est qu’après une heure d’exposé, le Philosophe Jean-Noël Dumont répond à autant de questions qu’il en suscite.

On comprend par ailleurs que si beaucoup d’entre nous parlent, souvent, d’amour avec un grand A, très peu savent le pratiquer avec la hauteur d’esprit et la hauteur d’âme qu’il conviendrait d’avoir face à sa mystérieuse et complexe réalité. Une réalité qui, faut-il le rappeler, présente autant de paramètres qu’il existe de cultures et/ou de religions à travers le monde.

En tout cas, que l’on soit dans l’Amour avec un grand A ou dans l’amour avec un petit a, il nous apparaît une impérieuse nécessité: celle de se renouveler chaque jour et toujours.

Et vous ? Qu’en dîtes-vous ?

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