Connaissez-vous les secrets du thé et son histoire ?

Il est blanc, jaune, noir ou vert, il est originaire de l’Asie du Sud-Est, et, d’après les légendes qui planent sur sa naissance, il aurait fait son apparition sur terre à une époque où les dieux côtoyaient les hommes. Bienvenue dans l’univers du thé, ce breuvage divin qui, à en croire Antoine Furetière, lexicographe français du 17ème siècle, « désenivre… et fortifie la raison que le vin affaiblit ».


C’est en me baladant à Confluence, quartier moderne du second arrondissement de Lyon, et en particulier dans son centre commercial, que j’ai découvert une boutique de thé. J’en suis repartie avec une boite de thé vert menthe que j’affectionne particulièrement, et également avec un livre, petit par sa taille mais riche d’enseignement. C’est de ce livre, « Le thé qui « désenivre… et fortifie la raison… » », écrit par Frédéric Tiphagne, que je me suis inspirée et dont j’ai extrait les secrets du thé.

 

La légende du thé

Il existe plusieurs histoires mythiques autour du thé. Je retiens en particulier celle qui remonte au 2ème siècle, où l’on assiste à l’essor du bouddhisme chinois. Le thé est associé à cette pratique religieuse. Réputé en effet pour ses qualités stimulantes, sa consommation aide à soutenir les longues heures de méditation.

© photo : pixabay

La légende raconte que, à l’époque, Bouddha arpente l’Asie pour y prôner le « noble octuple sentier » : le Chemin qui donne vision et connaissance, qui conduit au calme, à la vision profonde, au nirvana, épargnant des sensations d’insatisfaction et de souffrance (source : Wikipédia). Le chef des bouddhistes se nourrit de racines et d’herbes et fait vœu de ne jamais dormir. Or, un jour, épuisé, son serment s’évanouit : il cède à la fatigue et s’endort. Il faut dire qu’il est arrivé à pied par la Chine ! À son réveil, Bouddha, furieux contre lui-même et accablé par le remord, se tranche les paupières et les enterre immédiatement. Ainsi elles ne se fermeraient plus ! Et le miracle se produit : les membranes, dont la forme évoque celle de feuilles, prennent racine à l’endroit même où elles ont été jetées. C’est ainsi que naît le théier, de son nom scientifique camellia sinensis. Plus tard, Bouddha revenant sur ses pas, remarque l’arbrisseau et en mastique quelques feuilles. Il découvre que celles-ci ont la propriété de tenir éveillé.

 

Le thé, une boisson distinguée

Le thé entre dans les pratiques de consommation occidentale dans le courant du 16ème siècle. Il est d’abord connu des voyageurs et des missionnaires occidentaux qui se rendent dans l’Empire du Milieu (expression utilisée par les géographes et les historiens pour désigner la Chine). Son importation en Europe, notamment via la Compagnie hollandaise des Indes orientales, remonte au début du 17ème siècle. Il faudra attendre quelques années encore pour que la boisson asiatique fasse sa percée en France.

L’usage du thé s’accompagne de tout un cérémonial, et affiche ainsi une étiquette protocolaire, sans oublier l’aspect artistique des récipients consacrés à sa consommation. Considéré dès lors comme une boisson distinguée pour le Japonais de bon ton, le thé fait l’objet de nombreuses gravures. Il entre dans les salons bourgeois. Il se prend assis ou debout, auprès de la table violon.

© photo : T pour thé

Citons Okakura Kakuzô, éminent critique d’art et érudit japonais, auteur du livre-référence « Le livre du thé » (écrit en 1906 en anglais : « The Book of Tea ») : « Loin d’être une simple esthétique, dans le sens ordinaire du terme, la philosophie du thé exprime, en même temps qu’une étique et une religion, notre conception globale de l’homme et de la nature. C’est une hygiène, puisqu’elle contraint à la propreté ; une ascèse, puisqu’elle démontre que le bien-être loge dans la simplicité et non dans quelque coûteuse complexité ; une géométrie éthique, enfin, dans la mesure où elle définit notre sens des proportions au regard de l’univers. Elle représente, par-dessus tout, le véritable esprit démocratique de l’Extrême-Orient en ce qu’elle fait de chacun de ses adeptes un aristocrate du goût. »

 

La différence entre thé, tisane, infusion et décoction

Pour couper court à toute ambiguïté, Frédéric Tiphagne cite Jean Girodet, auteur des Pièges et difficultés de la langue française : « Le mot thé désigne au 17ème siècle, l’arbuste de la famille des théacées, puis, par extension, les feuilles récoltées et l’infusion que l’on en fait. » On comprend dès lors que, selon la précédente définition, toute boisson qui n’est pas issue de la Camellia sinensis ne peut être qualifiée de thé.

thé, infusion, tisane

Thé, tisane, infusion / © photo : pixabay

C’est ainsi que les autres boissons qualifiées, à tort, de thé sont soit des infusions, soit des tisanes : « Le mot infusion est très général et désigne (à l’exception du thé et du café) toute boisson chaude obtenue par dissolution dans l’eau bouillante du principe actif contenu dans les feuilles, les graines, les tiges ou l’écorce d’une plante, que cette boisson chaude soit ou non un médicament. Le mot tisane désigne toujours une infusion médicamenteuse. »

« (…) La décoction quant à elle désigne l’opération qui consiste à faire bouillir dans un liquide une substance en vue d’en extraire les principes solubles. Le mot désigne également, par glissement de sens, la solution ainsi produite. »

À noter enfin que le thé désigne à l’époque une collation qui se tient en soirée. Elle permet de réunir un public nombreux et on y sert du thé.

 

Thé noir, thé vert et les autres

La différence entre thé, infusion, tisane et décoction étant faite, on peut dès lors se pencher sur ce qui distingue le thé noir du thé vert notamment. Je cite : « Le thé vert et le thé noir diffèrent en ce que le noir est préparé avec fermentation préalable des feuilles, puis dessèchement rapide au feu, pendant que, pour le vert, les feuilles sont desséchées au feu, sans fermentation, mais doucement et avec des pressions pour chasser les éléments humides et astringents. » Rappelons que la fermentation est la décomposition d’une substance sous l’influence de micro-organismes. Par exemple, selon Le Larousse : la fermentation des sucres sous l’influence des levures donne de l’alcool.

L’humanité, chose curieuse, s’est toujours retrouvée autour d’une tasse de thé. Voilà bien le seul rituel asiatique qui emporte l’adhésion universelle. Okakura Kakuzô

matcha : thé vert

matcha : thé vert du Japon / © photo : pixabay

Il y a plusieurs types de thés noirs (pekoe, darjeeling,…) de la même manière qu’il existe plusieurs thés verts (matcha, sencha, gunpowder, gyokuro…). N’oublions pas les thés blanc (subissant une transformation minimale), jaune (avec une fermentation à l’étouffée), rouge (qui est en réalité le thé noir – à ne pas confondre avec le thé rouge sud-africain, qui en réalité est une infusion selon la définition du thé : le Rooibos)…

 

De l’art de servir le thé

La mode du thé n’arrive pas seule. Une série d’ustensiles l’accompagne, pour le service de la boisson du Levant. Le Siècle des Lumières est aussi celui des chinoiseries : des objets de luxe importés ou inspirés de Chine.

Il est une règle incontournable à laquelle tout amateur de thé est invité à ne pas déroger s’il tient à se délecter de toute la quintessence des feuilles de Camellia sinensis : ne jamais les faire bouillir. Le protocole idéal de préparation du thé est le suivant :

  1. Ébouillanter au préalable la théière, quelle que soit sa matière.
  2. Dans la théière ainsi chauffée, mettre 1 cuillère à thé pour chaque personne + 1 autre cuillère pour la théière. Ainsi, si vous servez 2 personnes, vous devrez mettre 3 cuillères à thé. Si vous servez 4 personnes, vous en mettrez 5.
  3. Verser environ une demi-tasse d’eau frémissante sur les feuilles.
  4. Quelques minutes après, verser dans la théière la même quantité d’eau frémissante.
  5. Après le même intervalle, remplir la théière d’eau, toujours frémissante.
service à thé

© photo : flickr

Aussi, si vous avez envie de sortir le grand jeu, voici les ustensiles dont vous devrez disposer pour servir le thé, à adapter bien entendu au nombre de convives :

  • 1 théière
  • 1 tasse et 1 soucoupe
  • 1 cuillère à thé
  • 1 sucrier
  • 1 pincée à sucre

 

Pour aller plus loin…

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