Éric Pézo, un Martiniquais qui fait vibrer la langue créole

D’une déchirure naîtra la fabuleuse aventure de l’écriture. Eric Pézo quitte la Martinique en 1986 pour se former à l’école des douanes de la Rochelle dans la lointaine France. Le coup de blues de sa terre natale dicte à son coeur en bobo l’écriture de Marie Noire, le livre qui le propulsera au rang d’auteur et acteur culturel engagés. Récit d’une trajectoire.


Au Jardin du Parc culturel Aimé Césaire, ex-Parc floral, Éric Pézo a livré son âme. Oui, il a fermé les yeux, il s’est rappelé, il a ressenti, il a souri, puis il a raconté. Il nous a dit sa vie, son parcours, son histoire. Et s’il nous a donné rendez-vous ici, dans ce haut lieu culturel de la Martinique, c’est parce que c’est là et dans ses environs que tout a commencé.

 

Fort-de-France autrefois : catalyseur de talents

Il nous indique l’emplacement du babyfoot où il s’attardait souvent, au rez-de-chaussée de la pension familiale où il logeait autrefois quand il était lycéen; il revoit la miellerie ; il se souvient du son envoûtant du tambour aux ateliers d’Alfred Varasse, des vibrations des fêtes patronales d’antan, des joyeuses turbulences provoquées par les combats de danmyé, des ti-bwatè; il repense au bouillonnement incessant de la vie et de la diversité des expressions artistiques.

C’est donc là que son amour pour la chose culturelle fleurit, jetant les bases d’un parcours ô combien riche et parsemé de distinctions littéraires, notamment pour ses textes poétiques.

La plume de l’auteur danse, chante, en français comme en créole; elle invite à une transe éveillée où l’histoire, la culture, les traditions du pays se déploient sur un tapis flamboyant de créativité. Les livres dont Éric Pézo est co-auteur et auteur sont aussi le lieu d’une rencontre généreuse et authentique avec la Martinique d’hier et d’aujourd’hui. Ils sont par ailleurs une invitation à se projeter avec amour et beauté dans l’arène de l’existence.

 

De l’engagement à la confidence

C’est précisément le cas de Lasotjè, son dernier-né publié en 2011 aux éditions L’Harmattan, où l’on se balade sur les sentiers de la vie à la manière du lasotè, cette pratique paysanne traditionnelle du Nord qui prône le partage, la solidarité en musique.

La plume de l’auteur danse, chante, en français comme en créole

Eric Pézo sait aussi se mettre à nu. Dans Marie-Noire – Paroles en veille, son premier livre donc, il ouvre son coeur dans un voyage sensoriel et personnel, nous promenant dans une Martinique aux mille et un visages; cette Martinique qui l’a porté depuis la commune de Rivière-Pilote d’où il est originaire, jusque dans ses profondeurs les plus intimes aux Anses d’Arlet, là où il tombe amoureux de l’univers de la mer, en passant par Macouba, commune qu’il garde près de son coeur.

Et puis il y a tout le reste : des lieux-photos, des émotions-sensations, des gens-totems, sa feue mère-muse. C’est que cet homme, pur produit du terroir-Martinique, traverse les années telle une rivière fouineuse, impétueuse, qui creuse, qui façonne son lit dans les méandres de la vie, prenant sa source et sa quintessence dans les entrailles fécondes d’une terre maternante, pour ensuite se déverser dans la vaste étendue du fleuve-caraïbe-monde.

 

Quelques repères non exhaustifs

1er Prix de poésie en langue créole
  • Moun Lasizo : 1999, Kalbas Lò, Paris-Martinique
  • Mò pou viv : 2011, Kalbas Lò La Karayib, Martinique
Aux éditions L’Harmattan
  • Marie Noire, 1999, roman
  • Passeurs de rêves, 2003, carnet poétique
  • Lasotjè, 2011, recueil poétique
Aux éditions Van Nan Vwel
  • Portraitude, 2005, recueil poétique
Ouvrages collectifs
  • Outremer, trois océans en poésie – éd. B-Doucey, 2011, Anthologie, Prix du livre insulaire
  • La Peinture en Martinique, HC Editions, 2008, Livre d’Art, Prix du livre insulaire

 

Article publié partiellement dans le France-Antilles magazine

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