La Rue François Arago vue par Raphaël Confiant

Le roman « Rue des Syriens » de Raphaël Confiant, c’est la promesse d’une immersion franche et sans détour dans une Martinique profonde et multiethnique, dont beaucoup d’entre nous n’en avons sans doute entendu parler qu’à travers le récit de nos parents et grands-parents…


Guerre civile. Révolution. Explosions. Attentats-suicides. Morts. Blessés… C’est en ces termes sombres que l’actualité décrit la Syrie d’aujourd’hui. Une actualité qui rappelle combien les pays du Levant ont subi et subissent encore les affres de leur instabilité géopolitique et religieuse.

 

La Terre promise à tout prix

Pas étonnant dès lors que leurs habitants aient cherché autrefois et continuent donc de chercher à s’exiler vers des horizons plus affables. La fin du 19ème siècle a été le début de ce vaste mouvement d’émigrations.

Wadi, le personnage principal du roman, fait partie des nombreux habitants de la Syrie, aux côtés de ceux de la Palestine, de la Jordanie, sans oublier ceux du Liban, qui sont partis vers cet autre monde chercher une vie meilleure. Lui et tous les autres embarquaient dans les navires avec en tête l’idée de trouver l’Amérique, ou du moins l’« Amrik », cette terre rêvée, imaginée, fantasmée, sans jamais vraiment savoir en réalité où ceux-ci jetteraient l’ancre.

Mais qu’importe. Quelle que ce soit la destination finale, elle était de fait érigée au rang de Terre promise ; de Terre de tous les possibles ; de Terre de la deuxième chance.

 

Le revers de la médaille

Pour Wadi, celle qui lui ouvrira les portes de la réussite – c’est en tout cas l’espoir que nourrissent à son endroit tous les siens de son village d’Halabiyah en Syrie – s’appelle la Martinique. Tout commence par la traversée, périlleuse, de la Mer Blanche Intérieure puis de l’Atlantique.

Et puis, il y a son arrivée en « Martinique-Amérique ». A défaut de trouver « cousin Bachar » ou bien « monsieur Shaddoud » censés l’aider à s’installer, c’est dans les griffes tantôt savoureuses tantôt aigre-doux de Fanotte, une « négresse » au caractère bien trempé, que Wadi, bégayant, fera ses premiers pas sur cette terre « pleine d’étrangeté ».

 

A la découverte d’une Martinique aux multiples facettes

A travers les péripéties du jeune Syrien et de ses semblables, en filigrane des « sourcillements de Fanotte », Raphaël Confiant nous promène dans une Martinique des années 20 – à compter de l’arrivée de Wadi au pays –, et même bien avant, jusque dans les années 40, au lendemain de l’époque de l’« Amiral Robert ».

Il nous livre un florilège d’images de cette Martinique d’autrefois, décrite dans son quotidien, dans ses blessures, dans sa complexité, et aussi dans la relation singulière, ambigüe, qui existe entre Nègres, Békés, Mulâtres, Indiens, Chinois, et désormais Syriens, Libanais et les autres…

On y découvre, dans le récit de Raphaël Confiant, les facettes diverses de cette communauté syrienne qui a su, avec ses faiblesses et ses qualités, s’imposer dans le commerce ; la rue François-Arago a été son principal point d’ancrage. Une communauté qui a su se faire accepter, dans une certaine mesure, non pas sans avoir redoublé d’effort, non pas sans avoir courbé l’échine, non pas sans s’être fait parfois cracher au visage.

Mais la persévérance des nouveaux arrivants, et aussi leur rapide maîtrise du créole, sans compter la solidarité communautaire, ont été leur sésame pour une intégration rapide et réussie. « Rue des Syriens » est, pour sûr, un livre qui marque, qui touche, qui transporte et qui donc, mérite d’être lu et même relu…

 

Rue des Syriens, par Raphaël Confiant, Mercure de France, 2012, 384p.

 

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