Tout savoir sur la Saint-Valentin

Le saviez-vous ? Au Moyen Âge, en France, le « Valentin » était le cavalier qu’une jeune fille choisissait pour sortir le premier dimanche de Carême et qui, en échange, lui offrait un cadeau. Aujourd’hui, en 2015, un couple sur deux célèbre la Saint-Valentin et en profite pour échanger des mots doux et des cadeaux comme preuves d’amour ainsi que des roses rouges qui sont l’emblème de la passion. Mais qu’est-ce-qui se cache réellement derrière toute cette ferveur autour de l’amour ? Analyse du Sociologue Loïc Métais.


Cinquante-sept pourcent des 15-25 ans considèrent que le fait de recevoir un cadeau le jour de la Saint-Valentin est une preuve d’amour, alors que 67% des Français ont le sentiment que la Saint-Valentin est avant tout une opération commerciale (source Ipsos et Ifop pour Master Lock, janvier 2014).

Alors, la Saint-Valentin, fête commerciale ou journée pour se dire  » je t’aime  » ?

La Saint-Valentin et vous…

Quoi qu’il en soit, nombreux sont ceux qui dépriment de nos jours et qui rêveraient de se sentir aimés, ne serait-ce qu’un jour ! Ce jour est par ailleurs l’occasion pour de nombreux couples de briser la routine et de prouver leur Amour l’un pour l’autre. Mais au final, le caractère romantique s’étiole, puisque l’on attend quelque chose de son compagnon ou de sa compagne. Si ce dernier ou cette dernière omet de s’en rappeler, on se sentirait vexé(e) !  Du coup, on se soumet aux incontournables « Avez-vous réservé le restaurant ?… Et pour les fleurs, je vous prépare 3,5 7,9…roses rouges ? ».

Alors quoi faire ? Se fondre dans la masse ? Courir à la dernière minute pour être conforme à la « norme » ? Ou montrer sa différence en prouvant son amour pour l’autre quotidiennement et ainsi se permettre de négliger ce jour ? Et si vous prêtiez attention à l’analyse ci-dessous du sociologue Eric Fondu ?

L’analyse du sociologue Eric Fondu (février 2010) est intéressante : « Il n’est pas facile d’appréhender une « fête des amoureux » sans l’associer aux faits de notre société, à la représentation de ce qu’est aujourd’hui le couple. De fait, la Saint-Valentin est un rituel qui a une tradition pluri-centenaire, une fête jugée ringarde et commerciale par beaucoup. Mais comment expliquer sa pérennité et sa popularité, alors que les codes amoureux changent et que le nombre de célibataires augmente ? Alors que la quête d’amour et de sécurité n’a jamais été aussi forte et que les couples représentent toujours une majorité des ménages, de nouveaux enjeux et de nouveaux vécus se conjuguent, souvent en silence. Pour autant, c’est bien au couple de définir sa propre loi. Bien sûr, il est de bon ton de dire que l’on déteste cette fête commerciale… Mais on rêve en même temps de recevoir une petite lettre, un sms… anonyme et enflammée. « Il n’y a de vrai au monde que de déraisonner d’amour », écrivait Alfred de Musset. Et si les princes charmants n’existent que dans les contes, et ayant délaissé les bals populaires, certains et certaines le traquent maintenant sur Internet… ».

Saint-Valentin, fête de l’Amour ou poule aux oeufs d’or des fleuristes ?

Un autre regard complémentaire et critique s’impose à tous ceux qui vont courir pour offrir des roses rouges. Comment expliquer l’augmentation du prix des roses au moment de la Saint-Valentin ? En France, les fleuristes font en ce jour de la Saint-Valentin le chiffre d’affaires qu’ils feraient habituellement en une semaine. La rose à elle seule, représente 80 % des ventes.

Les fleuristes ne connaissent pas la crise le jour de la Saint-Valentin. La demande s’emballe, le prix des roses augmente… Le chiffre d’affaires des fleuristes grimpe en pic….. Le prix de la rose rouge, de bonne qualité, peut doubler, passant de 3,50 € à 7 €. Un phénomène qui s’explique par le jeu du marché. « Les roses s’arrachent dans le monde entier ce jour-là. La demande grimpe. Les prix augmentent donc en conséquence», indique Sylvie Hede, responsable du magasin Aquarelle. Les fleuristes bousculent leur activité à cette période de l’année. Plage horaire élargie, arrivage de fleurs en masse, effectif en hausse… La fête des amoureux nécessite une organisation de circonstance pour les fleuristes. «Je vais chercher les roses à 6h30 et j’ouvre exceptionnellement à 8h30 au lieu de 10h. Je ferme vers 20h, soit 30 minutes plus tard que d’habitude, précise Corinne Jouzel. On doit faire six à huit fois plus de livraisons que pendant une journée normale. Il y a une personne en plus qui ne fait que ça.». Article d’Arnaud BOTREL, Ouest-France, le 14 février 2012

Les roses du Kenya : 95 % des roses achetées aujourd’hui pour sacrifier à la sollicitation commerciale de la fête des amoureux, proviennent du Kenya. Toutes produites par des ouvriers ou ouvrières payés chaque semaine d’à peine le prix d’un bouquet en France…. Les trois quarts des exploitations de roses kenyanes se trouvent dans les environs du Lac Naivasha, où elles couvrent environ 5000 hectares. (…) Autour de lui, se concentrent les « élevages » industriels de roses. Comme beaucoup de rivières et de nappes phréatiques de la région, le lac est donc de plus en plus pollué par les pesticides, engrais …. Cette pollution est encore accrue par les pompages d’eau qui font baisser le niveau du lac et y augmentent par conséquent la concentration de produits nocifs, produits s’accumulant également dans les puits des agriculteurs de la région. Quant aux pêcheurs, ils se plaignent de prendre de moins en moins de poissons et en rendent responsables les industriels de la rose… Souvent, après des nettoyages dont les rejets atteignent le lac en quantités importantes, des vaches laissées imprudemment près du bord du lac pollué, meurent après avoir trop bu de ces eaux empoisonnées […] Avant, le lac Naivasha était l’un des dix sites mondiaux réputés pour sa richesse en oiseaux avec 350 espèces répertoriées. Il était aussi renommé pour ses eaux claires, pour les papyrus et pour les lys qui poussaient sur ses rives. La plus grande partie de la végétation a disparu. (….) La population est passée de 7000 en 1969 à 300 000 en 2007. En attirant tant de gens, les sociétés internationales d’horticulture ont créé un fardeau écologiquement insupportable pour le lac. Les gens utilisent et polluent l’eau pour vivre, ils braconnent pour se procurer de la viande. Ils vont de plus en plus loin pour se procurer du bois et fabriquer du charbon de bois… Article de Médiapart, le février 2011.

Oui à la Saint-Valentin pour dire son amour, mais pas que…

Il y a certes les roses rouges, ses représentations et ses impacts, mais nous pourrions aussi nous intéresser à d’autres pratiques, puisque ce jour des amoureux est un phénomène mondial. Comme au Japon en 1950, puis dans toute l’Asie aujourd’hui, les femmes offrent des chocolats dits « de la destinée ou du favori ». Puis dans un deuxième temps, les hommes qui ont reçu des chocolats le 14 février, vont avoir l’opportunité d’offrir aux femmes un cadeau en retour : du chocolat blanc, des bijoux ou de la lingerie (de couleur blanche)…

Mais à travers ces cadeaux, et dans tous les pays du monde, ce qui compte le plus, n’est-ce pas le cœur qui bat la chamade, des papillons dans le ventre, les joues qui rougissent ?… Si vous êtes victime de l’un de ces symptômes, c’est sûr, vous êtes amoureux ! Pour la Saint-Valentin, comme pour les 364 autres jours de l’année, osez donc le dire et le redire à la personne choisie. Vive le romantisme et l’amour avec un grand A!!! Que c’est bon d’aimer et d’être aimé(e)… « A force de parler d’amour, l’on devient amoureux », nous dit Blaise Pascal, dans son discours sur les passions de l’amour.

Enfin, pour conclure, voici une célèbre phrase de Cocteau qui, peut-être, restera d’actualité au lendemain de la Saint-Valentin 2015 : « Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour ».

Par Loïc METAIS, Sociologue, Coach en Développement

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